Le Journal intime de… Kalev M. : « Quand le téléphone ne sonne plus » 

Publié le 30 juin, 20 à 1 h 25 min | Le journal intime de (…)

La rédaction de POLITICARD.CD a choisi de partager avec ses lecteurs le quotidien de différentes personnalités plus ou moins anonymes. Toutes les contributions sont les bienvenues. Parce qu’il a du temps, Kalev M. a décidé d’ouvrir cette série.

Un matin de mars 2019, j’ai perdu le travail que j’aimais le plus au monde. Sans révéler à vos lecteurs les fonctions illustres que j’occupais, je peux vous dire que je m’occupais aussi bien du redressement de délinquants financés par des pouvoirs occultes étrangers, des vrais-faux opposants de « Ye Meyi, Shina Rambo » que de la gestion de problèmes épineux de la République soulevés par ces mêmes pouvoirs qui ne visent encore aujourd’hui qu’à déstabiliser notre cher pays.

Ce matin-là, je suis nerveux. une Excellence que je ne saurais nommer ne décroche plus son téléphone depuis quelques jours. Et la bande de traîtres sans reconnaissance pour les services rendus reste aux abonnés absents. Le pire qu’on a rendu autant de services que moi à la République, c’est quand le téléphone ne sonne plus. Je reste seul, mais je risque de faire parler mes grands-parents, même nos Héros nationaux, y compris le Roi Léopold II.

Je me souviens de l’époque où je pouvais laisser mes visiteurs les plus illustres attendre pendant des heures face à mon aquarium sans poissons truffé de caméras et de micros installés par les Allemands. Je les regardais trépigner d’impatience le temps que mon assistante nettoie méticuleusement chaque raisin sud-africain avant de les poser sur une grosse assiette dans ma belle salle de réunions.

Les Israéliens s’étaient occupés des moyens de surveillance dans nos antennes et cachots, preuves de la modernité de nos approches. Et les Français s’étaient concentrés sur les équipements mobiles pour identifier les suppôts de Soros et nettoyer au karcher les cellules terroristes les plus occultes. Aussi, les voisins rwandais avaient bien dispensé les cours sur la bastonnade violente contre des résistants.  Mais aujourd’hui, il n’y a plus personne, même un message de ces voyous de la Lucha ou de Filimbi me ferait chaud au cœur…

Je pouvais passer des heures à espionner les gens en train d’attendre. J’ai beau avoir le câble à la maison, aucune chaîne, même Télé 50, ne me procure autant de joies quotidiennes. J’attends que le téléphone sonne, mais il ne sonne plus. C’est comme ça qu’une idée terrible m’est venue depuis quelques heures. Et si une puissance étrangère avait installé ces mêmes équipements à la maison ? Je reste aussi dans le regret que des impérialistes viennent de se servir de nos collaborateurs. Tant que « Ye Mei Azali, nakobanga eloko tsee »

C’est une angoisse terrible de se sentir surveillé quand on n’a plus envie de se lever le matin et qu’on n’a plus à aller au bureau, rasé de près jusqu’à la tête. J’ai cherché, je n’ai rien trouvé. Mais ils doivent être là, j’ai encore des secrets à dévoiler. Je pourrais encore faire trembler la République. Avec tout le respect dû à leurs fonctions, les Excellences présentes et passées devraient garder un œil sur moi ou même inventer des accusations sans fondement pour m’empêcher de nuire. C’est mon conseil d’ami.

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