RDC : Qui prendra le contrôle de la cour inconstitutionnelle ?

Publié le 8 août, 20 à 23 h 30 min | Politique

Après une prestation de serment aux absences multiples, POLITICARD.CD a décidé d’envoyer ses plus fins limiers au cœur de la plus haute juridiction du pays. Avec onze juges pour neuf sièges, bureaux et tampons, la situation est devenue explosive. Derrière les murs de la cour inconstitutionnelle, les frères ennemis de la coalition au pouvoir s’affrontent dans une guerre clandestine.

 

De l’extérieur, la cour inconstitutionnelle ressemble à un saut-de-mouton inachevé, désert et trop cher pour son utilité. Depuis le 17 juillet 2020, après la désertion de leur leader, le juge sanctionné Benoît Lwamba et la publication d’ordonnances présidentielles surprises, une ambiance inédite règne dans les couloirs de la plus haute instance judiciaire du pays.  Tels onze hommes en colère, magistrats sortants et entrants se livrent à huis clos une guerre sans merci en s’appuyant sur leurs puissants alliés. « Les talibans se sont trompés d’adversaires. Nous n’avons pas accepté des résultats fabriqués au profit de Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo pour voir ainsi souiller une institution qui a toujours su servir qui de droit  », a confié à POLITICARD.CD Norbert Nkulu, avocat personnel de Joseph Kabila, ancien ministre et ambassadeur bombardé garde-chiots constitutionnel avant les élections de 2018. « Le président nommé croit pouvoir ramasser ses frères et militants, les affubler d’une robe et nous spolier de notre droit intangible de violer la constitution. Mais le bras-de-fer ne fait que commencer. Il y a 11 concurrents pour 9 sièges et bureaux. Que le plus meilleur l’emporte. »

 

Du côté des juges FCC inconstitutionnels, les Hauts Magistrats Kilomba et Ubulu ont décidé d’entrer en clandestinité. « Après la vraie fausse démission de Lwamba, ils ont entendu l’appel pathétique de Ye-Mei, personne ne peut y résister, l’indépendance financière est à ce prix », vante le coordinateur du FCC, Néhémie Mwilanya Wilondja, en visite d’inspection dans les locaux de sa cour. « Il n’y a pas que notre coalition qui s’inquiète de voir les lois du pays ainsi bafouées. Même Mike Hammer ne s’est pas félicité de ces nominations et il s’enthousiasme devant un pétard mouillé. Tout le monde connaît les méthodes des Mbwa Mabé ya ANR du président Fatshi Coton, c’est tout sauf la démocratie ».

 

Selon les informations recueillies par POLITICARD.CD, les juges Kilomba et Ubulu ont écrit au chef de l’État le 27 juillet dernier pour refuser « l’avis d’expulsion vers la cour de cassation » et vivent depuis cloîtrer dans des bureaux « dont personne ne peut connaître la localisation », assure le garde-chiots constitutionnel Norbert Nkulu. « Tous les autres bureaux sont cadenassés à chaque fois que nous quittons le bâtiment. Nous allons montrer à ces nouveaux juges-politiciens de Mbuji-Mayi et Kananga que la cour inconstitutionnelle n’est pas un outil tribal mais le bras armé d’une justice aveugle. Comme disait déjà JB Mpiana, bombanda ebandi makasi, tokotimbela bango na Président na bango ya banditisme d’État… On a vu le mépris avec lequel ces parvenus ont traité Tunda et Ilunga et on tient à notre dignité et à nos tampons ».

 

Joint par téléphone sur un numéro intraçable, l’un des deux juges-résistants s’emporte lui aussi : « Nous savons que le Conseil Supérieur de la Magistrature est prêt à mordre la main qui l’a si longtemps nourrie. Il n’y a rien de pire des magistrats qui refusent d’être libérés par les lois Minaku-Sakata du joug présidentiel. Ils avaient déjà collaboré pour intimider Koko Benoit XVI Lwamba Bindu. Ye-Mei ne les laissera pas nous priver de notre droit constitutionnel au tirage au sort de 2021. Ces nouveaux juges n’ont qu’aller occuper les bureaux de l’UDPS à Limeté ou du nouveau musée national en attendant leur tour ».

 

Également contacté par POLITICARD.CD pour respecter les équilibres politiques, le juge UDPS Kaluba Dibwa a promis de mettre fin à ces « enfantillages » : « Même si je dois travailler sur un banc dans la cour, rien ne m’empêchera de servir mon président. Kamuina Nsapu m’en est témoin ». Le président autoproclamé de cette cour d’injustices révèle : « Le premier jour, ils avaient mis mon nom sur la porte des toilettes et l’avait cadenassé. J’ai perdu une journée à l’ouvrir, mais j’ai changé la serrure et gardé la clef. Je connais le trou où je plongerai les recours de leur Dieu et Maître aux prochaines élections ». Entre temps, nos reporters ont appris de leurs sources au sein du parti présidentiel qu’un renfort de wewas serait attendu pour que les juges nouvellement nommés accèdent à leurs bureaux. François Beya, conseiller spécial en matière de béton, promet lui aussi une action musclée dans les prochains jours : « Nkulu Kilomba, c’est un chargé de course. Après Dieu, en RDC, il y a Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo, Maman Marthe et moi. J’ai instruit les services de plomberie de la Présidence d’aller déboucher ces mal embouchés. Je mets en garde tous ces juges squatteurs et leurs complices, la jurisprudence ne s’arrêtera pas à Joseph Kabila. Le président élu a aussi le droit à ses arrêts inconstitutionnels. »

 

Une fois n’est pas coutume, une solution a été proposée par l’ex-groupe de Rumba, Lamuka Muzika. Francis Kalombo, trompettiste adjoint du Katanga, a réagi sur les réseaux sociaux : « Moise Katumbi promet de financer la construction des nouveaux bureaux pour les Hauts Magistrats qui en manquent. Dans un soucis de consensus, il propose d’accroître le nombre de sièges inconstitutionnelles à part égale entre toutes les grandes coalitions politiques pour que chacune puisse atteindre le quorum et rendre des arrêts à sa façon. »

 

Cette proposition a été immédiatement rejetée par la Présidence. Autour de pondu et tshibelebela, le coordonnateur national du Conseil présidentiel de vieilles stratégies (CPEVS), François Mwamba, a levé le ton contre ce qu’il qualifie de « volonté de créer une cacophonie » à la cour inconstitutionnelle : « Hors de questions de brader les sièges du contentieux électoral. On va montrer à ces voyous du FCC qu’ils ne sont pas les seuls à exceller dans le jeu de la chaise musicale. Qui part à la chasse perd sa place. Joseph Kabila doit comprendre une bonne fois pour toutes qu’il n’est plus le président de l’injustice ». « Bukalenga bwetu, bukalenga Béton, ndekela bintu bya FCC-Chanana », a renchéri Michée Mulumba, gardien personnel du temple du chef de l’État Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo.

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