RDC : Production record de Makala par les FDLR dans le Parc national des Virunga 

Publié le 30 juin, 20 à 2 h 13 min | Economie

Dans un rapport encore confidentiel dont POLITICARD.CD a obtenu une copie exclusive, le Groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo dévoile un nouveau chiffre record de production de « makala » (charbon de bois) par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) au Nord-Kivu pour l’année 2019. 

Les FDLR sont l’une des sociétés étrangères importantes opérant à l’Est de la RDC depuis 25 ans sans interruption malgré la sécurité précaire, acteur économique clé dans nombreux secteurs, notamment celui de l’énergie. Malgré leurs assurances répétitives de « lutter pour la paix et le développement », les FDLR se retrouvent fréquemment ciblés par le Groupe d’experts des Nations Unies, qui dans son dernier rapport daté le 29 juin 2020, présente des chiffres étonnants du start-up congolo-rwandais. Si la production de charbon des FDLR stagnait autour de 800 tonnes par an ces dernières années, 2019 aurait vu une hausse considérable estimée autour de 2000 tonnes, soit plus du double – sans compter la production d’une concurrence croissante dont feraient partie l’ICCN et les FARDC. Cette performance est due à l’appui de certaines coopératives-militantes Nyatura, peut-on lire dans ce rapport.

Les FDLR, artisans « d’un sursaut entrepreneurial » 

Les FDLR se félicitent de cette reconnaissance des Nations Unies. Selon André Kalume, officier retraité de l’armée rwandaise reconverti en responsable logistique du groupe, « nous n’avons, contrairement à d’autres investisseurs, toujours soutenu que l’émergence du milieu se basera sur un sursaut entrepreneurial ». À cause des pénuries d’électricité et l’implantation lente de l’énergie solaire, la population du Nord-Kivu est majoritairement dépendante de ce type de charbon biologique – notamment à Goma, chef-lieu de la province avec plus d’un million d’habitants. Fabriqué à base d’une procédure de carbonisation sophistiquée dans différentes usines au long du Parc national des Virunga, la fourniture en makala est « bel et bien le baromètre du bien-être de la population gomatracienne », selon le Professeur Roho Mubaya, économiste de l’Université de Goma. 

Selon les informations recueillies par POLITICARD.CD, le pari des FDLR est loin d’être gagné. Le charbon reste un secteur fragile à l’est de la RDC. Bien que les difficultés se présentant aux opérateurs économiques du Nord-Kivu soient connues, le rapport du Groupe d’expert précise davantage les défis auxquels les FDLR et autres producteurs font face afin de subvenir aux besoins de la population. Leur rapport préconise notamment que « de nombreux acteurs armés de la région – le NDC–Rénové ou encore les troupes de l’ICCN – auraient régulièrement lancé des attaques et embuscades visant à détruire les installations des FDLR et de briser leurs chaînes d’approvisionnement de marchandise, menant à des hausses de prix temporaire pour la makala. Ce constat est partagé par Kudanganya Bahati, président de l’association des transporteurs de Makala en Territoire de Masisi : « Si, il y a dix ans un pouvait encore compter sur un vrai partenariat avec les FARDC au long de la route Kitchanga-Goma, nous sommes aujourd’hui contraints de passer par des sentiers difficilement accessibles. »

« Une compétition déloyale risque de mettre à mal les acquis »

Par contre, le succès et l’ingéniosité des FDLR ne suscitent pas que de l’admiration au Nord-Kivu.  Emmanuel de Mérode, concurrent de longue date et homme fort derrière « Virunga Power », accuse les FDLR d’avoir « à maintes reprises violé nos concessions en vue d’accroître leur production ». Le comité central des Gorilles, communauté autochtone des zones de production de makala au Nord-Kivu, n’était pas  joignable pour un commentaire sur ces tensions. 

Néanmoins, pour le compte des FDLR, André Kalume n’a pas cessé de fustiger que « Virunga Power » serait « soutenue par des mercenaires étrangers opérant en guise de force d’auto-défense pour empêcher nos vaillants salariés de faire leur travail ». La Fédération des Entreprises du Congo a son tour, a tenu à réitérer sa volonté ferme de « collaboration au-delà des manipulations politiciennes et partisanes autour du commerce de makala. »

 

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